Belge d’origine, trimballée dès son plus jeune âge aux quatre coins du monde par un père diplomate, Zoé se fascine pour l’inconnu. De l’Afrique à l’Australie, elle ne cesse de se nourrir de cultures et de rencontres éclectiques. A 17 ans, elle s’envole pour Paris où elle commence son apprentissage du cinéma, découvrant petit à petit toute l’étendue de ce monde merveilleux avant d’opter pour un master de cinéma en réalisation à la prestigieuse école de l’American Film Institute à Los Angeles où elle reçoit, par ailleurs, une bourse d’excellence pour ses réalisations et sort major de sa promo.

En 2013, elle fait le choix de revenir en Europe et s’installe entre Paris et Bruxelles, où elle réalise un dernier court métrage auto-produit, « A Demi-mot », diffusé depuis lors sur OCS (France) et Netflix. Son premier long métrage, “JUMBO”, fait sa première mondiale au Festival International de Sundance 2020, suivi de la Berlinale (génération) où il obtient le “Guild film prize ». Il sortira en salle dès la réouverture des salles « post-confinement ».

1 – Ton confinement, il a lieu où et tu l’envisages/le vis comment?

Mon confinement, je ne sais pas pour vous, mais je le vis avec beaucoup de schizophrénie…

Il y a d’abord l’angoisse de la crise sanitaire et économique qui me garde éveillée nuit après nuit. Il y a l’Etat que je sens démuni, et ce personnel médical qui m’émeut. Mais il y a aussi ces amis qui perdent un proche sans pouvoir dire au revoir comme il se doit et mes bras qui restent serrés contre ma poitrine plutôt que tendus vers eux. Je pense aussi à mon père que la mort a déjà fauchée et je pense à ce jour où je le rejoindrais.

Et puis, il y a le temps qui passe et une sorte d’habitude qui prend place… Je me regarde, en famille à la maison, où ma seule tâche citoyenne est de me laver les mains avant et après avoir sorti le chien ou encore de penser pour la première fois ma longue liste de courses afin de limiter ces déplacements escortés par cette mort sournoise appelée COVID-19… Quel étrange quotidien.

Alors mon temps de confinement, je l’envisage aussi comme un moment de solitude et de merveilleux ennui. C’est aussi un terrain vague sur lequel je bâtis, chaque jour, une plaine de jeu que mes pensées envahissent. Devenue philosophe de pacotille à mes heures perdues, je brandis donc, seule face à mon miroir, un étendard muet, cherchant ardemment à prendre ce recul aussi nécessaire qu’il ne sera malheureusement éphémère dès la réouverture des portes du monde. Je me laisse alors aller à cette solitude et pense à cette peur sans fond qu’il va falloir vivre… Je me réjouis d’avance et je culpabilise. Discrètement.

2 – Comment tu as connu le Lab et ce que tu y as vécu, ce que tu en penses

J’ai connu le Lab grâce au festival des Arcs! Il y avait une initiative de rencontres entre cinéastes et jeunes apprentis du cinéma pour faire appel à la discussion, mais aussi à la proposition. Une série de réflexions entre jeunes et moins jeunes ammenée à repenser la relation homme-femme dans le cinéma, la place de l’un et de l’autre. J’ai aimé la bienveillance qui s’y trouvait, mais aussi le suivi qui accompagne le “lab” – un suivi qui permet de passer de la réflexion à l’action!

3 – Cite un ou plusieurs films réalisés par des femmes qui t’ont marqué·e et que tu as envie de faire découvrir. Dire pourquoi en quelques mots

Virgin Suicides – Sofia Coppola // J’étais adolescente quand je l’ai découvert. Ce film parlait de ce désir d’émancipation que l’on vit tous à cet âge là. Il y avait une poésie et une mélancolie qui résonnait tant en moi à cette époque.

Mon Roi – Maïwenn // C’est un peu grâce à ce film que je compris certains mécanismes toxiques de l’une de mes relations. Un film édifiant pour la jeune femme que j’étais !

Fish Tank – Andrea Arnorld // Je pense que c’est l’une des premières fois que je découvrais une jeune fille dépeinte ainsi à l’écran… Avec une telle authenticité. Un univers aussi sombre qu’il ne laissait place à la liberté de mouvement et d’expression. Ce n’était peut-être pas la première fois qu’on les voyait à l’écran, mais c’était la première fois que j’y étais confrontée.

White Material – Claire Denis // Je ne saurais plus vous dire pourquoi ce film m’a marquée… Mais j’en garde de telles images… Et un sentiment que ce film, dépouillé de tout excès, me mit extrêmement mal à l’aise.

4 – un adjectif pour qualifier ton féminisme

Au risque d’agacer celles qui se revendiquent “féministe”, je ne me retrouve pas complètement dans ce mot. Evidemment ce mot n’est pas un gros mot comme nous le revendique Emma Watson, mais j’ai personnellement plutôt l’impression d’appartenir à une mouvance où le glissement des “genres” prime sur l’étiquette “machiste » (ou “masculiniste »? Faute de meilleur mot pour les hommes) ou “féministe ».

Un adjectif donc? —> Confuse? Empathique? Perdue? Inspirée? (En mouvance? – oui ce n’est pas un adjectif, mais quand même! ) Bref, je suis en recherche, ça c’est sûr!

Crédit photo : Marie Vinay