Les « bons élèves »

Les pays de cette catégorie peuvent être considérés comme de très bons élèves : ce sont ceux qui font face à la problématique de l’égalité des sexes parmi les réalisateur·rice·s à travers des politiques fortes et développées, tournées vers des objectifs ambitieux ; ce sont aussi les pays dont on observe les fruits des politiques, grâce à des proportions de femmes réalisatrices relativement élevées et présentant de belles évolutions transgénérationnelles. Dans cette catégorie, nous pouvons compter trois pays, d’Europe du Nord ou de l’Ouest : la Suède, la Norvège et la Suisse.

Suède

Avec les chiffres de 2016, la Suède devient le pays avec les meilleurs résultats concernant les proportions de réalisatrices (en moyenne 38% en 2016), les évolutions transgénérationnelles (écart de 16,3 points entre les proportions de réalisatrices dans les anciennes générations et dans les nouvelles) et les politiques mises en place.

Depuis 2012, la Suède a mis en place divers plans d’action qui témoignent d’une véritable attitude proactive sur la question : le « Towards a Gender Equal Film production » en 2012, le « Film Agreement » en 2013 et un plan d’action défini en 2016 au Festival de Cannes à horizon 2020. Les politiques suédoises sont nombreuses et complètes (financements, encouragement, sensibilisation, information). En plus de politiques de court-terme, le SFI entend résoudre à terme le problème des étudiantes de cinéma qui se tournent moins vers la réalisation que leurs camarades masculins. L’institut entame en plus une étude rétrospective sur l’évolution des proportions de femmes réalisatrices depuis le début des années 2000.

Cependant, ces bons résultats s’expliquent aussi par un investissement sur les questions d’égalité des sexes ancrées depuis longtemps dans la culture et une acceptation des quotas qui sont encore débattus dans de nombreux pays.

Norvège

La Norvège a l’une des politiques les plus globales avec la Suède. Un plan d’action pour l’égalité des sexes dans le cinéma norvégien a été mis en place et est régulièrement mis à jour. L’objectif de l’Institut est de créer un équilibre stable et persistant entre les sexes dans le cinéma norvégien, en collaborant, pour se faire, avec l’industrie du cinéma et les institutions éducatives. L’Institut met en place des mesures de court-terme et de long-terme. Ainsi, il y a trois grands axes de politiques proactives : l’un tourné vers le recrutement de talents féminins, l’autre vers l’octroi de subventions (en incitant les femmes à faire plus de demandes d’aide) et le dernier vers la mise en place de quotas modérés. Du côté des politiques de long-terme, l’Institut s’investit dans des politiques d’information et de sensibilisation.

Ces doubles politiques se traduisent par de très bons résultats, en termes de proportions globales de réalisatrices et d’évolutions transgénérationnelle. L’année dernière, la Norvège était le pays avec les meilleures proportions de réalisatrices, elle est désormais deuxième, doublée par la Suède. En revanche, la Norvège reste le pays où la part des femmes parmi les films de première génération est la plus élevée (plus de 40%).

Suisse

La Suisse présente une prise de conscience plus tardive quant à sa minorité de femmes réalisatrices. La première étude sur le sujet n’a été lancée qu’en 2015. Cependant, elle a mis en avant de nombreux obstacles (en termes de nombre de projets déposés et d’aides financières notamment) et l’agence de promotion du cinéma suisse s’est engagée à prendre plusieurs mesures pour mettre en œuvre la diversité culturelle. Il s’agit de faire un relevé systématique, global, annuel et durable des données concernant la répartition des soutiens financiers en fonction du sexe et d’analyser ces données, de concevoir des outils d’égalité pour la branche suisse du cinéma avec la participation de spécialistes nationaux et internationaux et d’adopter des mesures spéciales pour promouvoir les films réalisés par des femmes. En attendant, le pays présente de très bonnes moyennes en ce qui concerne la proportion globale de réalisatrices (elle est classée 6e) et les évolutions transgénérationnelles (la proportion de réalisatrices double entre les anciennes générations et les plus jeunes).

Les pays au bon impact culturel

Deux pays font figure d’assez bons élèves en Europe, présentant des proportions de films réalisés par des femmes assez largement au-dessus de la moyenne européenne, avec de belles évolutions au fil des générations, sans pour autant présenter de politiques particulières ou proactive au regard de la problématique : il s’agit de la France et de l’Allemagne.

Allemagne

L’année dernière, nous avions noté qu’aucune politique n’avait été mise en place. Mais depuis 2017, l’Allemagne a entamé une politique de sensibilisation avec la prise en compte de l’égalité des sexes dans la nomination des membres du German Federal Filmboard et la commande d’une étude universitaire sur le genre dans la production cinématographique. Cependant, l’Allemagne n’a pas mis en place de politique de quotas ou de hiérarchisation pour le moment.

Classée parmi les pays au bon impact culturel, l’Allemagne fait partie des quatre meilleurs pays concernant les proportions de réalisatrices toutes générations confondues avec plus d’un film sur quatre réalisé par une femme. Concernant les évolutions transgénérationnelles, nous notons aussi de bons résultats. L’Allemagne est le quatrième pays où les femmes sont le plus présentes parmi les films de première génération. Parmi les réalisatrices ayant sorti un film en 2016, 62% ont sorti leur premier ou deuxième film.

France

Le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée nous a expliqué qu’il ne menait aucune politique particulière de financement ou de promotion du cinéma féminin. En effet, aucun quota n’est mis en place au niveau des aides publiques. Les projets de films sont jugés sur leur seule qualité. Nous notons cependant une bonne situation de l’égalité des sexes au Centre avec la parité respectée dans plusieurs comités, la présence de femmes à de nombreux postes de pouvoir et deux études sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma.

La France fait figure de plutôt bon élève au regard de la proportion de femmes réalisatrices en général (23,8%). Cependant, depuis deux ans, cette proportion a diminué, passant de 26% dans les premières années de l’étude à 20% en 2015. Nous notons une même tendance au regard des films de 1e et 2e génération avec de bonnes proportions en 2012-2014 (environ 29%) et une baisse en 2015-2016 (environ 24%). Nous pouvons donc considérer qu’au regard de sa production importante (la plus grosse production de films en Europe, influençant ainsi la moyenne européenne) et de ses résultats plutôt supérieurs à la moyenne européenne, la France reste dans les pays au bon impact culturel. Cependant, le manque de politiques proactives semble entraîner une baisse des proportions de réalisatrices, sur les différentes générations, qui réinterroge la position de la France en tant que pays au bon impact culturel.

Les pays en progression régulée

A l’opposé de la dernière catégorie, nous trouvons le groupe des pays qui partent de chiffres nationaux inférieurs à la moyenne européenne, mais qui, grâce à des politiques définies au cours des dernières années, entament une progression significative. Dans cette catégorie, nous trouvons la Belgique, l’Espagne, l’Irlande et cette année la Pologne.

Belgique

En Belgique, la Wallonie a mis en place des politiques actives (soft quotas, programmes de coaching, rapports), traduisant une volonté de s’emparer du problème. En plus des actions de l’institut de cinéma, nous notons également une forte mobilisation des femmes réalisatrices. En 2017, 125 réalisatrices belges se sont mobilisées pour réclamer des politiques volontaristes, notamment des critères d’attributions de subventions.

En revanche, la Flandres n’a pas encore mis en place de politique active (pas de quotas) ni de campagne de sensibilisation sur le sujet, mais l’institut cinématographique de Flandres recherche la parité dans ses comités de sélection, ce qui influence beaucoup dans le processus de sélection (prise de conscience sur le sujet notamment au regard de l’attribution des rôles féminins). Contacté dans le cadre de l’étude, le Flanders audiovisual fond nous a expliqué que l’année 2016 avait été relativement « pauvre » en termes de longs-métrages réalisés par des femmes flammandes. En revanche, les femmes sont plus présentes dans la réalisation de documentaires.

Globalement, la Belgique voit sa proportion de réalisatrices augmenter. Classée 16e l’année dernière, elle est maintenant 14e. Mais ses résultats sont instables d’une année sur l’autre. En 2016, la Wallonie obtient d’ailleurs sa meilleure proportion de femmes réalisatrices sur les cinq années de l’étude. En parallèle, nous notons de bonnes évolutions transgénérationnelles. Sur les cinq années de l’étude, nous remarquons ainsi une augmentation régulière de la proportion de réalisatrices parmi les films de première génération.

Espagne

Depuis l’année dernière, la situation de l’Espagne est restée stable, notamment au regard des proportions globales de réalisatrices. Le pays est classé 24e, il est donc en-dessous de la moyenne européenne mais il poursuit cependant son évolution transgénérationnelle positive. Les proportions de réalisatrices parmi les jeunes générations et en particulier les premières générations sont supérieures à celles des anciennes générations. Mais les écarts ne sont pas béants, ce qui traduit une évolution positive mais lente.

Cela est notamment dû à des politiques proactives mises en place depuis maintenant dix ans. L’Espagne s’est, en effet, montrée très en avance sur son temps puisque, comme nous l’a expliqué l’ICAA (Instituto de Cinematografia y de las Artes Audiovisuales), les principales mesures (étude universitaire sur le sujet, création du site web CIMA) et la loi du cinéma ont été prises en 2007 et 2008. Mais depuis, peu de nouvelles mesures ont été adoptées.

Irlande

L’Irlande est un exemple de pays avec l’une des politiques les plus actives sur le sujet, notamment depuis 2016. Notre étude précédente avait déjà mentionné le plan d’action en six points de l’Irish Film Board qui avait été décidé en décembre 2015 pour l’horizon 2020. Ce plan faisait suite à l’adresse publique du Docteur Annie Doona sur le manque de représentation des femmes dans le cinéma irlandais. Les six mesures couvraient plusieurs champs de politique : information, financement, formation et mentoring, éducation. Pour cela, l’IFB a travaillé avec des partenaires nombreux et variés.

En 2017, nous notons que l’IFB a continué, voire intensifié, cette politique avec la mise en place de nouvelles mesures notamment tournées vers le mentoring et l’octroi de subventions. En même temps, la question de la situation des femmes dans le cinéma est de plus en plus prise en compte avec notamment la création d’un sous-comité de l’égalité des genres et de la diversité et la mise en place d’une nouvelle équipe au sein du département de production et développement travaillant sur les manière d’améliorer la parité hommes-femmes pour l’accord de subventions.

Il est encore difficile de voir le résultat de ces politiques car elles sont récentes. L’Irlande présente une proportion de réalisatrices légèrement en-dessous de la moyenne européenne, mais nous ne notons pas encore de tendance précise puisque d’une année sur l’autre, cette proportion peut varier entre 14,3% et 22,5%, d’autant plus que la production cinématographique irlandaise n’est pas très importante (moins d’une vingtaine de films par an). En revanche, nous pouvons noter que le cinéma féminin irlandais est jeune, puisque sur toute la période de l’étude aucun film de quatrième génération ou plus sorti en salles n’a été réalisé par une femme.

Pologne

Sur les deux dernières années, la Pologne a montré une vraie accélération sur la place des réalisatrices dans le paysage cinématographique national, que ce soit au niveau des chiffres comme des politiques. Aussi, alors qu’elle était située dans les pays « en progression culturelle », elle devient avec ces politiques un pays en « progression régulée ».

En effet, la Pologne est désormais classée 13e pays en termes de proportions de réalisatrices alors qu’elle était 22e dans l’étude précédente. En 2016, nous notons une très forte augmentation de cette proportion qui atteint 31,8%. Il s’agit de la plus forte hausse d’un pays entre 2015 et 2016, mais il faudra regarder plus loin dans le temps pour voir s’il ne s’agit que d’une augmentation circonstancielle ou si cette augmentation sera durable. Le pays présente également une très bonne évolution transgénérationnelle puisque la proportion de réalisatrice passe de 14,7% dans les anciennes générations à 22,7% dans les nouvelles. Ainsi, en 2016, presque un film de première génération sorti en salles sur deux était l’œuvre d’une réalisatrice. Au regard des politiques, la Pologne n’avait mis en place aucune mesure jusqu’en 2015 où une prise de conscience a commencé à avoir lieu. Des groupes militants de femmes de cinéma et de réalisatrices se sont ainsi mobilisé pour faire bouger les lignes. Il s’agit notamment de la Polish Female Filmmakers Association, créée en 2014, qui réunit la jeune génération de réalisatrices et qui a organisé des débats sur la question, et de Women’s of Film, un groupe informel de réalisatrices (surtout présent sur facebook), actif depuis septembre 2017. La mobilisation de ces groupes a amené le Polish Film Institute à imposer des objectifs de parité dans ses comités d’experts en 2017.

Les pays en progression culturelle

Il existe aussi une catégorie de pays dont les moyennes globales en termes de proportions de films réalisés par des femmes sont inférieures à la moyenne européenne, mais chez qui nous observons une véritable progression transgénérationnelle, sans pour autant que des politiques aient été clairement définies en faveur des réalisatrices. Il s’agit de l’Italie, du Portugal, de la Roumanie, de la Russie et de la Turquie. Cette année, nous ajoutons également la Bulgarie, la Croatie, le Danemark et le Royaume-Uni

Bulgarie

L’année dernière nous avions intégré la Bulgarie parmi les pays aux résultats trop irréguliers. Cette année, avec un écart-type de 9,7% nous pouvons considérer que les résultats sont encore instables mais ils semblent de stabiliser d’une année sur l’autre. De plus, nous notons des évolutions intéressantes pour ce pays qu’il s’agit de mentionner (26,7% de réalisatrices en 2016, pour une moyenne de 15,4% sur les cinq années de l’étude).

Nous notons dans ce pays que de plus en plus de femmes réalisent un premier film. Toutes générations confondues, les femmes ne représentent que 15% des films sortis en salle. En revanche, elles représentent plus d’un film de première génération sur quatre. Cette part n’a cessé d’augmenter depuis 2012. L’année 2016 marque cependant un cas particulier puisque, cette année, le cinéma masculin était beaucoup plus jeune que le cinéma féminin.

Cette progression ne s’explique pourtant par aucune politique particulière mise en place. Il n’y a ni politiques proactives ni politique d’information ou de sensibilisation officielles. Dans les écoles de cinéma, peu de femmes se lancent dans la réalisation. Et au regard des chiffres du National Film Centre, peu de femmes demandent des aides pour financer leur film. Nous notons cependant la présence d’un militantisme fort dans le cinéma féminin avec un site d’information et de sensibilisation créé par une réalisatrice et dans le cinéma jeune avec des réalisateurs qui se mobilisent pour moderniser l’industrie du film.

 

Croatie

Tout comme la Bulgarie, nous avions considéré la Croatie comme ayant des résultats trop irréguliers, l’année dernière, pour en tirer des conclusions. En effet, encore aujourd’hui, le pays présente un écart-type assez imposant de 12% avec de fortes fluctuations. Cependant, sur un temps plus long, la proportion de réalisatrices a beaucoup augmenté (moyenne de 4% sur 1991-2008 et de 19% sur 2008-2016). De plus, le pays présente de bons résultats pour 2016 avec un tiers de films sortis étant l’œuvre de réalisatrices. Tout comme la Bulgarie, la Croatie présente un cinéma féminin plutôt jeune, avec un écart entre la proportion de réalisatrices dans les anciennes générations et dans les nouvelles. Mais contrairement à la Bulgarie, la Croatie a vu la réalisation de plusieurs seconds films par des réalisatrices.

La Croatie n’a pas mis en place de politiques très importantes au niveau national concernant les femmes réalisatrices, mis à part des rapports d’information et des brochures de sensibilisation. En revanche, le pays a été assez investi sur cette thématique au niveau européen (coopération avec l’EWA, présidence de l’Eurimages Gender Equality Working Group entre 2014 et 2017…).

Danemark

Au regard des chiffres sur les cinq années de l’étude, le Danemark présente de bonnes moyennes : avec plus de 20% de films réalisés par des femmes et avec peu d’écart de génération entre le cinéma féminin et masculin. Pour l’instant les évolutions transgénérationnelles sont assez limitées. D’une génération sur l’autre, nous retrouvons sensiblement les mêmes proportions de réalisatrices.

Ces résultats s’expliquent notamment par le fait que jusqu’en 2016, le Danemark n’avait pas pris en compte cette problématique. Mais depuis cette année, une véritable prise de conscience a eu lieu au Danish Film Institute qui a commencé à se pencher sur la question de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs de cinéma. Ainsi, le DFI a lancé une initiative sur la diversité et le genre afin de s’assurer que des efforts étaient déployés dans tous les domaines de l’institut du cinéma (communication, financement, festivals, comités…) pour soutenir un meilleur équilibre des sexes. En 2017, l’Institut s’est lancé dans un vaste programme de politiques pour combattre ce problème. Un Forum du Dialogue a ainsi eu lieu en mars afin d’avoir un débat constructif sur la question puis trois grandes initiatives ont été mises en place en termes de sensibilisation, d’information (enquête) et surtout d’évaluation des projets en demande de financement. L’objectif étant de faire des initiatives « not only talk » et d’étendre la prise de conscience à toute la profession en travaillant avec des partenaires du Film Business.

Nous ne pouvons pas encore observer le résultat de ces initiatives sur les données quantitatives. Cependant, le Danemark qui était classé l’année dernière comme pays vivant sur ses acquis a montré un véritable investissement et fait désormais parti des pays aux changements longs et profonds.

Italie

L’Italie présente la moins bonne moyenne de tous les pays européens (excepté la Lettonie) concernant la proportion de réalisatrices. De plus, c’est un cinéma ancien où les réalisateurs sont installés. Mais nous notons une évolution transgénérationnelle positive dans le cinéma féminin. Alors que peu de femmes réalisatrices sont installées en Italie, de plus en plus réalisent leur premier film. La proportion de réalisatrices parmi les jeunes générations et ainsi deux fois supérieure à la proportion de réalisatrices parmi les anciennes générations. Cette évolution peut s’expliquer par une prise de conscience tardive sur le sujet.

En effet, jusqu’en 2016, aucune politique particulière n’avait été menée en Italie sur le sujet, si ce n’est des rapports et de statistiques qui avaient été publiés. Ces études avaient montré, entre autres, que si de nombreuses femmes fréquentaient l’école nationale de cinéma, très peu d’entre elles osaient se diriger vers la filière réalisation, faisant preuve d’une autocensure, probablement induite par des facteurs culturels.

Cependant, en recontactant en 2017 la direction générale du cinéma au Ministère des biens et des activités culturelles, nous avons appris qu’à la fin de l’année 2016, une nouvelle loi sur les films a été approuvée et a réformé tout le système de soutiens financiers accordés dans le secteur audiovisuel. Pour la première fois, les décrets contiennent de mesures en faveur des productions réalisées par des femmes (y compris sur le web et la télévision).  Ainsi, l’Italie devient un pays proactif au regard de la problématique de l’égalité des sexes.

Nous pouvons donc encore classer l’Italie comme pays en progression culturelle, notamment du fait de ses bonnes évolutions transgénérationnelles. Il ne s’agit pas encore de « progression régulée » car il s’agit de regarder ces résultats sur le long terme. Mais il s’agit de bien prendre en compte ces nouvelles mesures proactives dans le système de subvention.

Portugal

Le Portugal présente une situation relativement similaire à celle de l’année dernière, sans grandes nouveautés du côté des résultats ou des politiques.

Nous notons toujours qu’aucune politique n’est mise en place en faveur des réalisatrices. Cependant, nous pouvons observer une certaine prise de conscience. En effet, nous avons appris cette année que le département de statistiques de l’Institut du cinéma et de l’audiovisuel commençait travailler sur les questions d’égalité des genres et devait publier ses conclusions en 2018.

En termes de résultats, le Portugal se situe toujours en dessous de la moyenne européenne concernant les proportions de réalisatrices. Cependant, nous observons une véritable progression transgénérationnelle. En effet, il s’agit du pays où l’écart de génération moyenne entre réalisateurs et réalisatrices est le plus marqué (sauf Luxembourg). Les réalisatrices installées sont peu présentes, en revanche elles sont de plus en plus importantes dans les jeunes générations (excepté en 2016 où nous notons une légère baisse).

Roumanie

En Roumanie, le Centre National de Cinématographie présente l’absence de politique comme une question de principe. « Leur valeur est la somme de leur talent. Et elles en ont pas mal », écrit Alina Salcudeanu, responsable des affaires étrangères au Romanian Film Center, à propos des réalisatrices de son pays. Là-bas, l’égalité des chances se veut promue justement par une absence de mesures. Il n’y a donc pas de quotas, perçus comme une discrimination, mais également pas d’études menées.

Malgré cette absence de mesures, nous notons une augmentation de la proportion de réalisatrices d’une génération à l’autre. La Roumanie est ainsi le troisième pays où l’écart entre la proportion de réalisatrices parmi les troisièmes générations et plus et celle parmi les premières et deuxièmes générations est le plus important (derrière la Lituanie et la Suède). Cependant, en 2016, nous notons une chute de la proportion globale de réalisatrices par rapport aux années précédentes (passant de 23,3% en 2015 à 12,5% en 2016). Ainsi la Roumanie se retrouve classée 18e cette année alors qu’elle était 10e dans l’étude précédente.

Royaume-Uni

L’année dernière, aucune politique n’avait été mise en place à ce sujet. Nous notons cependant une grande avancée en 2017 avec la mise en place et le renforcement de Diversity Standards. Le British Film Institute a ainsi créé toute une série de mesures visant à promouvoir la diversité, mais elle n’est pas uniquement centrée sur l’égalité des sexes. Sont aussi pris en compte l’âge, l’ethnie, l’orientation sexuelle, les capacités physiques. Ces mesures renvoient à des politiques de sensibilisation, d’information mais surtout des politiques de hiérarchisation des projets dans l’octroi de financement.

Bien qu’il ne soit pas encore possible de regarder l’influence de ces mesures sur les proportions de réalisatrices, nous pouvons percevoir des améliorations dans la situation du Royaume-Uni. Entre 2012 et 2016, la proportion de réalisatrices est passée de 9% à 15%, en suivant une augmentation plutôt régulière. Si nous regardons les évolutions transgénérationnelles, nous notons qu’elles existent (la proportion de femmes parmi les films de première génération augmente d’ailleurs légèrement) mais qu’elles ne sont pas encore très importantes. La proportion de réalisatrice parmi les anciennes et les jeunes générations restent similaires.

Au regard de ces informations, de ces légères améliorations et de la mise en place de politiques, nous ne pouvons plus classer le Royaume-Uni comme faisant partie des pays en retard. Le pays présente désormais les caractéristiques d’un pays en progression culturelle.

Russie

Nous ne notons pas de nouveautés concernant la Russie. Comme l’année dernière, aucune politique n’a été mise en place en faveur des réalisatrices. Quant aux chiffres, ils restent sensiblement les mêmes avec des évolutions stables. Le pays est classé 21e cette année (20e l’année dernière) concernant les proportions de réalisatrices. C’est donc en-dessous de la moyenne européenne. En parallèle, nous pouvons noter que les écarts entre les proportions de réalisatrices dans les anciennes générations et les nouvelles générations se resserrent. En effet, depuis 2012, la proportion de réalisatrices parmi les films de première génération n’a fait que diminuer (passant de 31% à 19%) alors qu’elle a augmenté concernant les films de deuxième génération et plus. Cependant, l’écart entre les deux reste relativement creusé.

Turquie

Le pays garde le même classement que l’année dernière au regard des proportions générales de réalisatrices. Ces chiffres sont très en-dessous de la moyenne européenne, le pays est le troisième moins bon après la Lettonie et l’Italie. Cependant, les évolutions transgénérationnelles du cinéma féminin turc sont positives. Entre les générations 3 et plus et les générations 1 et 2, la proportion de réalisatrices double. Ainsi, le cinéma féminin est beaucoup plus jeune que le masculin.

Pourtant, aucune politique, ni proactive ni progressive n’a été mise en place. Ces évolutions peuvent donc s’expliquer par une forte politisation des jeunes cinéastes. Par exemple, nous trouvons le site Film Mor qui porte exclusivement sur la question des femmes de cinéma, propose des ateliers, du mentoring et organise une fois par an un festival international de cinéma féminin. De même, il y a un important réseau d’associations et d’ONG en Turquie qui se mobilisent sur la question des droits des femmes.

Les pays aux politiques de changement lent et profond

Deux pays présentent un profil assez atypique : très bons élèves en termes de moyennes globales quant à leur proportion de films réalisés par des femmes, toutes générations confondues, ils présentent pourtant une très faible marge d’évolution (si ce n’est une évolution parfois négative), aussi bien sur la période de l’étude que sur les plages de générations. Pourtant, ces pays ont développé de vraies politiques pour faire face à la problématique de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs ; il s’agit de l’Autriche et des Pays-Bas.

Autriche

Depuis l’année dernière, l’Autriche a mis en place plusieurs politiques, notamment de parité et de hiérarchisation (Gender Incentive). Ces politiques fortes, proactives, s’ajoutent à des politiques d’encouragement (ProPro), de sensibilisation (site web, If she can see it, she can be it) et d’information. Et, si l’Austrian Film Institute n’a pas défini de politique de quotas, il compte quand même systématiquement la proportion de femmes ayant obtenu des financements en commission. Ainsi l’Autriche fait partie des pays avec les politiques en faveur des réalisatrices et des femmes de cinéma les plus complètes.

Si l’on observe les données statistiques et les résultats de ces politiques, nous notons que l’Autriche est sur le top trois des pays avec les meilleures proportions de femmes réalisatrices (27,7%). En revanche, concernant les évolutions transgénérationnelles, l’Autriche est en moins bonne position. Sur la période 2012-2016, les femmes réalisatrices représentaient une part plus importante des films d’anciennes générations que des films de jeunes générations. Ainsi, le cinéma féminin se renouvelle moins bien que dans la plupart des pays. La proportion des femmes parmi la jeune génération a même diminué en 2016 par rapport aux quatre années précédentes du fait de la baisse de premiers films réalisés par des femmes.

Aussi l’Autriche se maintient dans le groupe des pays aux politiques de changement lent et profond. Il faut encore attendre pour voir les résultats des politiques proactives mises en place en 2017.

 

Pays-Bas

On ne peut pas parler, pour l’instant, des Pays-Bas comme d’un pays dont le cinéma féminin connaît un essor dynamique. Ses chiffres sont globalement bons par rapport à ses voisins européens. 2016 est une année particulièrement satisfaisante à ce sujet puisque la proportion de films réalisés par des femmes augmente de plus de 10 points par rapport à l’année dernière.

Mais ses évolutions ne sont pas représentatives d’une situation en mutation. Le cinéma hollandais est relativement ancien et nous retrouvons à peu près les mêmes proportions de réalisatrices parmi les anciennes générations et parmi les nouvelles, avec une légère augmentation transgénérationnelle (29% des jeunes générations, 25% des moyennes et 22% des anciennes).

Pourtant, le Netherlands Film Fund s’est engagé, depuis quelques années, dans une politique générale de promotion de la diversité au sein de son industrie, incluant une politique de promotion de l’égalité des sexes. Le centre a aussi créé en 2016 une unité de monitoring spéciale pour la collecte de données et l’organisation d’événements et de partenariats avec des associations spécialisées dans les problématiques de diversité. En 2017, le NFF ajoute une évaluation sur la contribution à la diversité des projets faisant une demande de subvention. De façon délibérée, l’institut a décidé de ne pas définir de quotas ou d’objectifs chiffrés en termes de proportions de réalisatrices soutenues : selon le Netherlands Film Fund, il n’est pas possible de transformer une industrie entière à partir de régulations. Il faut effectuer des changements en profondeur, en travaillant sur la prise de conscience, essentielle pour atteindre l’égalité, mais aussi pour atteindre des éventails plus divers de spectateurs.

Les pays en stagnation

Quatre pays font figure de bons élèves vivant sur leurs acquis : il s’agit de la Finlande, de la République Tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie. En effet, ces pays se situent au-dessus de la moyenne européenne mais leurs proportions ne présentent aucune progression au fil des années ou des générations, si ce n’est une régression. Pour deux d’entre eux (Hongrie et Slovaquie), il est à noter que leurs résultats peuvent apparaître instables d’une année sur l’autre.

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Finlande

Si au regard de la proportion de réalisatrices toutes générations confondues, la Finlande est plutôt bien positionnée, au-dessus de la moyenne européenne, elle présente un caractère d’exception européenne au regard des évolutions transgénérationnelles, avec des tendances strictement inverses à celles qui se dessinent dans les autres pays. Alors que dans vingt-cinq pays, la proportion de femmes parmi les jeunes générations de film est supérieure à la proportion de femmes parmi les anciennes générations, la Finlande présente une situation inverse (26,1% chez les anciennes générations et 17,6% chez les jeunes). La proportion chez les 1e et 2e film diminue même entre 2012-2015 et 2016. Le cinéma féminin finlandais se renouvelle donc peu, voire de moins en moins. Cette situation contraste en particulier avec les autres pays scandinaves, Suède et Norvège.

Ces résultats s’expliquent en particulier par le fait qu’aucune politique spécifique n’a été mise en place concernant les réalisatrices (excepté le recueil de statistiques, mais cela ne présente qu’une très petite part des rapports annuels du centre cinématographique) et aucune n’est envisagée dans les prochaines années.

 

République Tchèque

La République Tchèque présente plutôt de bons résultats, au-dessus de la moyenne, concernant les proportions de réalisatrices, notamment dans le domaine des documentaires (selon le centre de films tchèques). Mais les évolutions transgénérationnelles sont faibles. La part des réalisatrices parmi les films de première génération est inférieure à celle de toutes les générations confondues. Le pays est d’ailleurs le seul cas en Europe (avec l’Estonie) où le cinéma féminin est plus ancien que le cinéma masculin. Sur la période 2012-2016, les femmes ont en moyenne réalisé leur cinquième film contre quatrième pour les hommes. En parallèle, aucune politique n’a été mise en place et aucune n’est planifiée pour modifier la situation.

Slovaquie

Le cas de la Slovaquie est assez particulier cette année. Le pays, qui présentait d’excellents résultats en 2013 au regard de la proportion de réalisatrices toutes générations confondues, a vu ce chiffre baisser d’année en année jusqu’en 2016 où aucun film réalisé par une femme n’est sorti en salles. Alors que nous classions ce pays parmi ceux au bon impact culturel l’année dernière (il était alors le septième pays avec les meilleures proportions), nous devons reconsidérer sa position (il est désormais douzième, à peine au-dessus de la moyenne européenne). En revanche, nous notons de bonnes évolutions transgénérationnelles (écart de 7,6 points entre les proportions de réalisatrice parmi les générations 3 et plus et celles parmi les générations 1 et 2). Nous pouvons donc classer la Slovaquie en tant que pays en stagnation. De la même manière que la Finlande et la République Tchèque, ce pays présentait des bons résultats, au-dessus de la moyenne européenne, mais le manque de politique n’a permis aucune progression véritable, au contraire il semble avoir engendré une certaine régression.

Hongrie

La Hongrie présente, comme la Slovaquie, un cas particulier où aucun film de réalisatrice n’est sorti en salles en 2016 alors que ces chiffres étaient plutôt bons jusqu’à présent. Le pays est en effet classé 7e au regard des proportions de réalisatrices toutes générations confondues. Nous avons tenté de contacter le centre national de films hongrois pour comprendre ces chiffres mais sans succès. Nous pouvons cependant tenter de les expliquer par l’écart-type très important de la Hongrie. En effet, il s’agit du deuxième pays avec les variations de proportions de réalisatrices les plus importantes, après le Luxembourg. Du fait de ces écarts, il est également difficile de définir une véritable évolution transgénérationnelle. Mais nous notons cependant que depuis 2012, la proportion de réalisatrices parmi les films de 1e et 2e génération n’a cessé de diminuer.

En parallèle, en regardant le site web Magyar Filmunio, nous notons qu’aucune politique ne semble être menée en faveur des réalisatrices et des femmes de cinéma.

Un pays en retard

Un pays fait figure de mauvais élève en Europe, dans la mesure où sa moyenne nationale de proportion de films réalisés par des femmes est inférieure à la moyenne européenne et où l’on n’observe pas de réelle évolution dans ses chiffres, que ce soit d’année en année ou de génération en génération ; et, surtout, aucune politique n’a été mise en place afin de valoriser les films réalisés par des femmes. L’année dernière, nous y trouvions la Grèce et le Royaume-Uni, mais ce dernier a eu une véritable prise de conscience et la mise en place de politique qui ne font plus de lui un pays en retard.

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Grèce

Comme plusieurs pays du sud de l’Europe, la Grèce ne présente pas de bons résultats concernant la proportion de femmes réalisatrices (moins de 15%). En 2016, nous notons même que sur les dix films sortis en salle, aucun n’avait été réalisé par une femme. De même, il n’y a pas d’évolution transgénérationnelle notable. La proportion de femmes parmi les réalisateurs d’anciennes générations et de nouvelles générations est sensiblement la même.

Cela s’explique par le fait qu’aucune politique orientée vers l’égalité des sexes, ni proactive ni progressive, n’a été mise en place en Grèce. Et pour l’instant, aucune politique n’est planifiée pour les prochaines années. Cependant, nous notons la présence de femmes à certains postes clés : en 2016, pour la première fois de son histoire, une femme, Electa Venaki, a été nommée directrice du Greek Film Center. En 2017, c’est Venia Vergou qui a été nommée présidente de la nouvelle commission du Hellenic Film (tourné vers les coproductions internationales). De même, parmi les vingt-sept personnes qui travaillent au GFC, la moitié sont des femmes. Nous avions ainsi suggéré l’année dernière que la présence de ces personnes pouvait permettre de faire entendre la voix des femmes dans la période à venir. Mais pour l’instant, le changement n’est pas probant.