Étude générationnelle

Étude 2016 sur la place de la nouvelle génération de réalisatrices européennes : une nouvelle dynamique semble lancée

L’histoire du Lab « Femmes de cinéma » est liée à celle du Festival de cinéma européen des Arcs, dont la 8ème édition a mis à l’honneur la nouvelle génération de réalisatrices européennes, au travers d’une programmation exceptionnelle.

L’objectif de cette programmation était de mettre en lumière l’émergence d’une nouvelle génération de réalisatrices européennes, en train de prendre la relève.

Afin d’attester ce qui n’était au départ qu’une intuition, l’équipe du festival a réalisé en 2016 une étude statistique sur le sujet, sur la place de la nouvelle génération [1] de réalisatrices dans la création cinématographique européenne, en partenariat avec la Fondation Sisley d’Ornano, France Télévisions, le CNC et l’Association Deuxième Regard.

Il ressort de cette étude qu’une nouvelle dynamique semble lancée.

[1] Par génération on entendra ici le nombre de film à l’actif d’une réalisatrice. Génération 1 = 1 film réalisé. Génération 2 : 2 films réalisés, etc.

Étude quantitative : ce que disent les chiffres

Au contraire des études déjà parues, celle-ci observe la situation sous un angle générationnel [1]. Notre équipe a établi une liste de tous les films produits et sortis entre 2012 et 2015 dans les 30 pays européens, et a ensuite étudié le genre et la génération du réalisateur de chaque film.

Il a donc été possible, dans chaque pays et en moyenne européenne, de comparer les générations de cinéastes et de vérifier si le cinéma des jeunes générations était l’œuvre de davantage de femmes que celui des générations plus anciennes.

Les résultats de l’étude sont probants. Si les films européens sont aujourd’hui réalisés par 19,4% de femmes toutes générations confondues, ce chiffre est de 23,3% pour les 1ers films, 22,44% pour les 1ers et 2èmes films confondus, et de 15,42% pour les 3èmes films et plus. Ainsi, entre les générations plus anciennes et les plus jeunes, on observe une augmentation de 51,1% de la proportion de femmes réalisatrices.

L’étude menée par l’équipe du Festival des Arcs démontre donc que la situation des réalisatrices en Europe n’est pas statique : elle est en pleine évolution, mais les chiffres de cette évolution sont amortis par la sédimentation de films de réalisateurs appartenant aux générations plus anciennes. Cela signifie aussi que les statistiques générales sur la proportion de femmes réalisatrices seront toujours en retard par rapport à l’évolution de la situation réelle.

En complément de cette dimension quantitative, l’étude 2016 propose également une analyse qualitative pour tenter de comprendre et d’expliquer cette évolution.

Étude qualitative : tenter de faire un lien entre les politiques et les statistiques

Pour cela, les centres nationaux du cinéma des différents pays étudiés ont été contactés et interrogés sur les mesures éventuelles qu’ils avaient adoptées pour améliorer la proportion de films réalisés par des femmes.

La plupart des pays avaient franchi l’étape de la prise de conscience quant à l’enjeu, et beaucoup avaient déjà mis en place des politiques.

En tête de file, la Norvège et la Suède sont les deux pays qui présentent les meilleures proportions de films réalisés par des femmes, ainsi que les mesures les plus complètes pour faire face au défi. En plus d’une politique de quotas imposante (40% de financements publics attribués aux femmes en Norvège, 50% en Suède), le NFI (Norwegian Film Institute) et le SFI (Swedish Film Institute) ont élaboré des politiques de sensibilisation à la problématique et d’encouragement aux réalisatrices.

Aucun autre pays n’a encore imposé de quotas, mais nombreux sont ceux qui ont instauré des objectifs en termes de financement de films réalisés par des femmes (généralement à horizon 2020). Beaucoup ont aussi mis en place des soft quotas, permettant de prioriser les projets défendus par des femmes.

Certains pays, comme la Roumanie, ont décidé de n’adopter aucune mesure, afin de respecter le talent de chacune et chacun. Il est intéressant d’observer que les chiffres de ce pays sont en croissance, malgré l’absence de politiques volontaristes. Cela en dit long sur les transformations culturelles en cours, qui transcendent les mesures politiques quand ces dernières ne les catalysent pas.

Suivi de l’étude 2016 sur la place de la nouvelle génération de réalisatrices européennes

Afin de suivre l’évolution des statistiques de la proportion de femmes réalisatrices en Europe, le Lab produit chaque année en interne une actualisation de l’étude réalisée par le Festival de Cinéma Européens des Arcs en 2016.

D’un point de vue quantitatif

Il s’agit ainsi de voir si la proportion de réalisatrices ayant réalisé leur premier film ces dernières années (appelées dans l’étude nouvelle génération), va continuer à se maintenir au moment de la réalisation d’un deuxième film et au delà. C’est là une donnée qui nous semble clé pour analyser la place des femmes dans le cinéma en Europe.

D’un point de vue qualitatif

L’étude suit l’évolution des politiques mises en place dans les différents pays du champ de l’étude et son lien avec l’évolution des statistiques sur la place des femmes dans le cinéma.

Il nous semble important de montrer ce qui se passe dans les autres pays de l’union européenne. Ce qui marche et ce qui marche moins. La dimension européenne du Lab passe aussi par cette ouverture à ce qui se fait autour de nous en Europe. Quand une politique fonctionne dans un pays et qu’elle a pour conséquence de faire bouger les lignes de la représentation des femmes dans le cinéma, cela ne veut pas dire que cela fonctionnerait dans un autre, mais au moins, cela peut être une source d’inspiration…et de persuasion.