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Participant·e·s

Anna Ciennik, coordinatrice des événements professionnels au Festival de cinéma européen des Arcs, co-présidente du Deuxième Regard.

Clotilde Courau, actrice.

Coralie Fargeat, réalisatrice.

Alexandra Faussier, attachée de presse, agence Les Piquantes.

Fanny Garancher, attachée de presse, agence Les Piquantes.

Marie Garel-Weiss, réalisatrice.

Juliette Grimont, exploitation et distribution.

Nathalie Marchak, réalisatrice.

Franck Saint Cast, producteur et réalisateur.

Ana Urushadze, réalisatrice.

Observateur·trice·s

Flore Brabant, Lab « Femmes de cinéma »

Guillaume Calop, délégué général du Festival de cinéma européen des Arcs

 

Animateur·trice·s

Fabienne Silvestre-Bertoncini, co-fondatrice du Festival des Arcs, responsable du Lab « Femmes de Cinéma ».

Geoffroy Grison, scénariste, co-président du Deuxième Regard.

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A travers les témoignages

L’affaire Weinstein. Cette affaire a permis une prise de conscience, mais il est nécessaire que chaque accusation de harcèlement présente des fondements.

Dans plusieurs pays l’affaire Weinstein a permis une prise de conscience sur les comportements que peuvent subir les femmes ainsi qu’une libération de la parole. Par exemple, en Suède, 547 actrices se sont mobilisées suite à cet événement. Mais, il y a le sentiment qu’en France, cela n’a rien déclenché. Les femmes semblent continuer à se sentir jugées et en fragilité si elles parlent.

Une socialisation à la séduction. Les filles sont très tôt socialisées avec l’idée que la séduction est un atout dans le milieu professionnel qui peut être utilisé pour parvenir à ses fins.

Le genre des films de réalisatrices. Il y a le sentiment que les femmes font plutôt du « cinéma d’auteur ». Il faut aussi donner une légitimité aux femmes qui font du cinéma de genre ou souhaitent se lancer dans un cinéma dit « commercial ».

La concurrence. Les réalisatrices et les comédiennes, en particulier, ont toujours été mises en concurrence. Elles doivent désormais être solidaires. C’est un réapprentissage majeur si l’on veut améliorer la situation des femmes de cinéma. Chaque femme qui réussit devrait mettre en avant un talent féminin émergent en même temps.

L’exploitation. Il y a encore trop peu d’exploitantes. Mais c’est surtout une question d’âge. Les exploitants sont avant tout des hommes, plutôt âgés. Et cela influence les programmations. Les hommes se soucient moins de savoir s’il n’y a que des hommes dans les réalisateurs des films qu’ils programment alors que les femmes sont plus sensibles à ce sujet.

Les stéréotypes de genres. Il y a un formatage des personnages féminins proposés dans les films. Par exemple, il est très difficile de trouver des personnages de femmes paresseuses dans le cinéma, les paresseux ne sont que des hommes. Les acteurs ne peuvent et ne doivent pas se contenter de ce qui leur est proposé, ils doivent mener une réflexion et s’inspirer d’autres personnages pour ne pas interpréter uniquement des personnages clichés.

Comment communiquer sur la féminisation de certains postes dans le cinéma ? On note par exemple qu’il y a de plus en plus de femmes scénaristes. Des participantes témoignent aussi que dans une de leurs résidences d’artistes, il y a la parité parmi les locataires, sans qu’il y ait eu de politique spécifique de discrimination positive. La question est donc de savoir s’il faut communiquer sur cette féminisation ou non.

Une révolution féminine et féministe. Une révolution menée par les femmes a lieu aujourd’hui. La question est de savoir comment participer à cette révolution. Selon leur profession dans le cinéma, les femmes ont des rôles différents à jouer. Les actrices doivent prendre la conscience de leur puissance politique car elles sont mises en avant. De leur côté, les réalisatrices doivent être activistes et continuer à réaliser des films en prenant en compte ces problématiques. Plus de projets présentés aux distributeurs doivent prendre en compte les sujets féminins (ex : la maternité).

Citations pépites

« Nous, les Français, dans notre histoire, nous avons fait la révolution. Aujourd’hui, ce qui est en train de se passer, c’est notre révolution [à nous les femmes]. On doit regagner les libertés, nos libertés, l’égalité, notre égalité, et la fraternité, notre fraternité. Sans couper de tête ! »

« C’est notre révolution. Elle n’est plus menée par des hommes mais par des femmes. »

« Dans la féminité, nous sommes nos propres ennemies. Les actrices, nous avons toujours été mises en concurrence, les unes contre les autres. »

« Dans un de mes films, le rôle principal est celui d’une femme et elle part en province. Combien de fois on m’a demandé pourquoi son mari restait à Paris dans l’histoire et ne venait pas sauver sa femme ? Mais aujourd’hui, les femmes n’ont plus besoin d’être sauvées par les hommes ! »

« Je n’en peux plus qu’on suspecte les femmes d’avoir été choisies à cause des quotas, alors qu’on ne remet jamais ça en question concernant les hommes. »

« Qu’est-ce qui est genré dans l’interprétation ? Il n’y a pas de différence de nature entre l’interprétation des hommes et celle des femmes. »

« S’il n’y a pas une attention particulière, ça ne marchera pas car la société est déséquilibrée. »

« Le cinéma est exigeant. Ce sont les productrices, les gens de pouvoir, qui peuvent faire changer les choses. »

Idées

  • Le compagnonnage. La discrimination positive, c’est activer un réseau. Il s’agirait de se servir des positions de pouvoir auxquelles les femmes ont accédé pour activer une solidarité: faire émerger quelqu’un avec soi quand on arrive à ce stade de pouvoir (dans les sociétés de production par exemple).
  • Instaurer l’anonymat des réalisateur·rice·s au premier collège des commissions d’avance sur recettes.
  • Une politique de quotas, limitée dans le temps (ex: 5 ans), imposée par l’Etat dans les grandes institutions (ex : DRAC, CNC) et dans les commissions.
  • Imposer des binômes systématiques. Ne pas tomber dans l’excès inverse de mettre en avant des projets qui ne sont que féminins.
  • Imposer la parité dans les instances décisionnaires, les commissions, les comités de sélection.
  • Plus de transparence sur les lecteurs. Les personnes qui réalisent les fiches de lecture sur les films ont une importance décisive car ce sont sur ces fiches que se font principalement le choix de programmation des chaînes de télévision. Aussi, il faudrait un parcours fléché sur la réalisation de ces fiches: savoir qui a lu, quelle version, pour quelle instance.
  • Un prix d’interprétation mixte. Les acteurs et les actrices sont les seuls à être jugés selon leur genre. Il faudrait mettre en place un prix d’interprétation mixte, avec autant de candidats masculins que féminins. La question est cependant de savoir si on retire ce potentiel prix de filles, est-ce que cela ne va pas produire un effet inverse et empêcher les actrices d’être récompensées ?
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*Pour mémoire : règles de confidentialité et de publication du Lab :

Nous utilisons la règle dite de Chatham House, du nom d’un célèbre think tank britannique.

Cette règle est utilisée pour réglementer la confidentialité des informations échangées lors d’une réunion : quand une réunion se déroule sous cette règle, les participants sont libres d’utiliser les informations collectées à cette occasion, mais ils ne doivent révéler ni l’identité, ni l’affiliation des personnes à l’origine de ces informations. Cela permet une plus grande liberté de parole et des prises de positions plus fortes.

La liste des participants aux ateliers est en revanche publique, dans le but d’indiquer la diversité et la qualité des personnes présentes et donner de la valeur aux idées émises