Diversité dans le cinéma : Atelier fonds Images de la diversité

Participant·e·s :

Mehdi Aït-Kacimi, ENS Louis-Lumière

Isabelle Boni-Claverie, Scénariste et réalisatrice

Sandrine Brauer, Productrice

Lamine Cherifi, Auteur et producteur

Claire Duguet, Cinéaste

Amandine Gay, Réalisatrice et productrice

Côme Jean-Joseph, Fondation culture et diversité

Laurence Lascary, Productrice

Lisa Lebahar, Productrice

Linda Lo, Scénariste

Evélia Mayenga, Doctorante en science politique

Marie-Castille Mention-Schaar, Scénariste, réalisatrice, productrice et fondatrice du Cercle Féminin du Cinéma

Guillemette Odicino, Télérama, Journaliste

Catherine Pierce, France Télévisions

Juliette Renaud, Productrice

Kevin Te, Auteur-réalisateur

Adnane Tragha, Scénariste et réalisateur

Animatrice

Fabienne Silvestre-Bertoncini, Coach et Coordinatrice générale du Lab

Témoins

Samia Meskaldji, fonds Images de la diversité, CGET

Valentine Roulet, Cheffe du service de la Création, CNC

Observateur·rice·s

Ilona Bachelier, Assistante Lab – Femmes de cinéma

Guillaume Calop, Co-fondateur du Lab et DG des Arcs Film Festival

Julia Dion, ELLE, Journaliste

Emma Pagès, Assistante Lab – Femmes de cinéma

L’objectif de l’atelier

Cet atelier spécifique au fonds Images de la diversité est le premier en co-organisation entre Le Lab Femmes de cinéma et Le Collectif 5050, partenaires depuis toujours. Il réunit des professionnel·le·s de l’ensemble de la chaîne de l’industrie cinématographique familier·e·s ou non de ce fonds afin de formuler des propositions d’amélioration à destination du CNC, dans la perspective des assises de la Parité et de la Diversité dans le cinéma, qui auront lieu à l’automne prochain. Pour cela, il s’agit de réfléchir ensemble tant à ses objectifs qu’à ses mécanismes. Cet atelier fait suite à celui organisé par Le Collectif 5050 en janvier au CNC, et ayant abouti à 36 propositions pour la diversité. Parmi ces propositions, l’une portait sur l’adaptation en France de l’inclusion rider, et l’autre portait sur le fonds Images de la diversité. Lors de ce premier atelier, les propositions d’amélioration du fonds étaient restées en surface. L’objectif de ce deuxième atelier est d’affiner et approfondir cette réflexion afin de proposer un nouveau fonctionnement du fonds lors des prochaines Assises. En unissant les forces d’un think tank (Le Lab Femmes de Cinéma) et d’un action tank (Le Collectif 5050), l’objectif est de traduire très vite les propositions en mesures pour aboutir à un vrai changement.

Le fonds Images de la diversité : histoire et fonctionnement

La commission « Images de la diversité » a été créé en 2006 sous la double tutelle du Centre national de la Cinématographie et de l’image animée (CNC) et du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET, anciennement Acsé). Elle est née à la suite des révoltes urbaines de 2005 et de la volonté de Jacques Chirac. Le diagnostic a pointé un problème dans le cinéma : celui-ci ne reflétait pas la diversité sociale et ethnoculturelle de la société française sur les écrans. Il a alors été décidé d’unir le CNC, l’institution de tutelle pour le cinéma et l’audiovisuel, ainsi que l’Acsé, qui menait déjà des actions en termes de représentation audiovisuelle de la diversité.

Ensemble, ces deux institutions devaient aider des films qui représentent la diversité, avec une double entrée, artistique et thématique. L’aide fonctionnait sur une logique de double guichet. Côté CNC, celle-ci consistait en un « bonus Images de la diversité » à destination de films bénéficiant déjà d’une aide sélective initiale. Côté Acsé, les critères étaient plus ouverts et l’idée était de recevoir un maximum de projets afin de faire émerger de nouveaux talents.

En 2015, une réforme a été entreprise pour simplifier ce système de double guichet, suite à la transition entre Acsé et CGET. Le CNC s’est penché sur une manière de simplifier l’accès et la compréhension de l’aide pour les professionnel·le·s du secteur. On est ainsi passé à un guichet unique. Philippe Faucon, puis Reda Khateb ont succédé à Alexandre Michelin, qui avait présidé le fonds depuis sa création. Le fonds a été réparti en deux collèges, le premier pour les aides à l’écriture et au développement, le second pour la production et la distribution. Pour ce dernier, les porteur·se·s de projets ne peuvent candidater que s’ils ont eu une aide sélective initiale du CNC ou bien d’une région partenaire. Quant au premier collège, les candidat·e·s préselectionné·e·s ont l’opportunité d’être désormais auditionné·e·s. Les aides du premier et deuxième collège sont cumulables. La sélection se fait toujours sur une double entrée : la thématique rend les projets admissibles, et la qualité artistique détermine in fine les récipiendaires.

Le fonds sort aujourd’hui d’une longue phase de blocage, liée aux difficultés administratives de fonctionnement entre les deux entités. Son activité reprendra en septembre 2019 avec un dépôt des dossiers en janvier dernier et en juillet. Mais la disparition du CGET annoncée pour fin 2019 fait redouter une nouvelle inertie.

Par ailleurs, alors que le budget annoncé en 2006 était de 10 millions d’euros (paritaire entre CNC et Acsé), il a été revu à la baisse avec un montant à 5 millions d’euros, l’année même de sa création. Depuis, les budgets n’ont cessé de baisser pour arriver aujourd’hui à 2,5 millions d’aide par an. Il y aurait donc un problème de réduction progressive de la volonté politique, pourtant bien présente au début de la commission.

Quels enjeux pour une meilleure représentation de la diversité au cinéma ?

• Le cinéma et l’audiovisuel sont créateurs de représentations dans la société, ils doivent donc être à la hauteur de cette responsabilité. À l’image et dans les scénarii, la pluralité de la société doit être représentée, en dehors des stéréotypes et caricatures. Le cinéma a le pouvoir de favoriser une société plus inclusive.

• Un enjeu qui ne touche pas seulement les fonds Images de la diversité et se recoupe avec d’autres initiatives, notamment des ateliers égalité des chances à la FEMIS, à l’ENS Louis Lumière, Talents en Court, 1000 Visages, La Ruche, l’Ecole Miroir, etc.

• Nécessité de nommer les choses pour savoir ce qu’on entend précisément par « diversité », et pour se fixer des objectifs : faire entrer massivement des femmes et des minorités dans le cinéma et l’audiovisuel.

• L’impossibilité en France de compter ou de faire des statistiques ethniques ou des quotas, qui nécessite de penser des outils différents de ceux de la parité.

• Le problème des projets qui ne bénéficient pas de l’aide du CNC (autoproduction, cinéma guérilla…), et contribuent néanmoins avec leurs films au financement du cinéma (via la TSA) et au rayonnement culturel de la France.

• La question des thématiques des films de la diversité : quel genre de représentations remporte les prix et les financements lorsque les films sont réalisés par des personnes issu·e·s de la diversité ?

• La question de l’intersectionnalité : derrière la question de la place des femmes, il y a la question des représentations de la diversité, mais aussi des personnes en situation de handicap, les personnes LGBT, les personnes issues de milieux sociaux défavorisées et des personnes moins visibles de manière générale.

• Une question bien plus large : elle touche aussi la question de la diversité des contenus, les équipes techniques, les instances de pouvoir. La réponse passe par une sensibilisation dès l’école et le stage de troisième, avec la nécessité de s’appuyer sur des relais associatifs pour mener des actions d’éducation.

• Le sentiment que les choses évoluent : il semble que pour les jeunes producteur·rice·s, la diversité et la mixité soient des choses plus naturelles, y compris au quotidien.

Les idées d’actions

Le financement de la diversité à l’image

Sur le fonds Images de la diversité

• Inverser la tendance du fonds Images de la diversité en instituant un premier guichet sans critère préalable et en permettant aux porteur·se·s de projet de cumuler cette aide avec d’autres aides « traditionnelles » du CNC.

• Que le fonds soit une façon de pouvoir entrer dans le monde des commissions CNC par un guichet avec des gens sensibilisés, pour éviter les effets d’entre-soi ou de manque de crédibilité plus ou moins conscient. L’objectif est de pouvoir ensuite prétendre à d’autres aides, avec un début de financement et une crédibilité renforcée.

• Augmenter la dotation du fonds afin qu’elle atteigne les 10 millions d’euros.

• Mettre en place une communication auprès des Ministères et des futures tutelles pour inciter à débloquer de l’argent, en « faisant événement » pour dynamiser la volonté politique.

• Se tourner vers des acteurs privés, fondations, et chaînes de télévision pour abonder ce fonds.

• Que les commissions se tiennent plus régulièrement, avec quatre commissions par an et par collège (contre deux actuellement).

• Qu’il y ait une plus grande transparence des noms des lecteur·trice·s, de leurs qualifications et de leurs critères de sélection. Qu’ils et elles donnent un avis circonstancié accessible aux producteur·rice·s et fassent remonter les projets en plénière quand il y a le moindre doute pour éviter « l’effet filtre ».

• Que les critères de sélection des oeuvres soutenues soient fixés de manière plus explicite en s’appuyant sur un retour d’expériences d’ancien·ne·s membres de la commission.

Sur l’ensemble du CNC

• Que le CNC fasse la demande d’obtention du label « diversité » et organise dans ce cadre un audit interne sur ses propres pratiques à cet égard.

• Que l’ensemble des commissions du CNC soient plus diverses dans leur composition, et alimentées à l’avenir notamment par un guide des professionnel·le·s du cinéma que le collectif 5050 souhaite créer.

• Proposer systématiquement aux porteur·se·s des projets bénéficiant du soutien du fonds Images de la diversité, de devenir membres d’une commission du CNC (différente du fonds) l’année suivante, pour oeuvrer à la sensibilisation au sein des autres commissions.

• Que l’ensemble des membres et président·e·s de commission soient sensibilisé·e·s aux questions de diversité et d’inclusivité par le biais de formations/sensibilisation/recommandations explicites.

• Mise en place d’un « bonus financier à la diversité », sur le modèle du bonus « écoprod » (région IDF), distribuable par toutes les commissions sur la base d’une note de la production montrant l’effort d’inclusivité dans la composition des équipes.

Le périmètre d’action du fonds

• La vocation de ce fonds ne doit pas être de créer un ghetto. Mais de faire émerger de nouvelles histoires et de nouveaux porteurs de projets et de contribuer à ce qu’ils puissent prétendre aux financements classiques. En conséquence, il semble prioritaire de focaliser sur l’écriture et le développement pour ramener ces projets dans l’écosystème général.

• Repenser le ratio actuel de 70% pour la production / 30% pour l’écriture et le développement : les montants attribués en production étant bien plus conséquents, ils pèsent sur ce ratio, mais l’aide en production ne permettant pas à elle seule de financer un film, il faut rechercher le ratio qui enclenche un effet de levier systémique.

• Mise en place d’un fonds à double étage avec une première entrée destinée à la maturation des projets sur la base du « Brouillon d’un rêve » de la Scam, et une deuxième entrée avec des projets plus mûrs, prêts à « pitcher ». Proposer aux porteurs de projets un suivi et soutien par du mentoring.

• Recrutement de mentors professionnels sensibilisés aux questions et qui ne soient pas exclusivement des hommes blancs pour ne pas reproduire l’effet exotisme. Double aspect du mentorat : à la fois artistique et institutionnel. Objectif de ce mentorat : au delà de la maturation des projets, optimiser leur capacité à bénéficier des aides non spécifiques du CNC, afin de ne pas renforcer une ghettoisation de ces projets.

• Élargissement de l’appel à projets en coopération avec certaines associations : Slash (France TV), Fondation FranceTV, Ecole de la deuxième chance, Maison des personnes handicapées, etc.

• Recenser les initiatives déjà existantes et les partenaires, notamment le maillage des festivals et des associations oeuvrant sur ces sujets pour mettre en place un réseau d’éducation à l’image et aux métiers.

Citations pépites

« Je suis sidérée par tout ce qu’il reste à changer »

« Mon sentiment est que c’est à tous les niveaux qu’il faut agir pour arriver à ce changement »

« La majorité des auteurs soutenus au moment de leur premier court-métrage sont des hommes blancs de 36 ans et habitants en Ile-de-France »

« Ré-inclure ceux que machinalement on a tendance à exclure »

« Je pense qu’on fait pas notre job si on se pose pas ces questions »

« Notre responsabilité elle est face à la caméra et derrière la caméra »

« J’ai travaillé à New-York dans des équipes très éclectiques, j’étais très surprise en rentrant de voir à quel point ce n’était pas le cas en France »

« Ce dont on a besoin c’est de vocabulaire, c’est de nommer les choses »

« Est-ce que c‘est normal que moi je sois solidaire d’un système qui me discrimine ? »

« Si on veut parler de changement, il faut parler de nombres »

« Toutes ces questions d’égal accès, c’est ça qui m’intéresse »

« Ce qui m’anime c’est vraiment cette notion de collectif car on parviendra à un changement en étant en groupe »

« Moi je n’étais pas boursière et pourtant je suis une femme noire, j’avais donc beaucoup de haies sur mon chemin »

Le mot de la fin

Concret, déterminé, constructif, argent, richesse, enthousiasme, échange, partage, en avant, enseignement, espoir, optimisme, inclusivité, engagement, positif…

*Pour mémoire : règles de confidentialité et de publication du Lab :

Nous utilisons la règle dite de Chatham House, du nom d’un célèbre think tank britannique.

Cette règle est utilisée pour réglementer la confidentialité des informations échangées lors d’une réunion : quand une réunion se déroule sous cette règle, les participants sont libres d’utiliser les informations collectées à cette occasion, mais ils ne doivent révéler ni l’identité, ni l’affiliation des personnes à l’origine de ces informations. Cela permet une plus grande liberté de parole et des prises de positions plus fortes.

La liste des participants aux ateliers est en revanche publique, dans le but d’indiquer la diversité et la qualité des personnes présentes et donner de la valeur aux idées émises.