Ce qui se fait ailleurs

L’Observatoire du Lab « Femmes de cinéma » s’imagine à terme comme une bibliothèque vivante sur le thème de la place des femmes dans le cinéma en Europe.

Cette partie du site n’a pas vocation à être immédiatement exhaustive et sera complétée progressivement. N’hésitez pas à nous communiquer les références de sites et articles intéressants sur le sujet, ces pages seront d’autant plus riches qu’elles auront une origine collaborative.

L’objectif est que l’observatoire du Lab devienne progressivement un lieu où on pourra notamment trouver des détails sur les politiques et les initiatives qui ont fait leur preuve dans les différents pays européens.

Il nous semble en effet important de montrer ce qui se passe dans les autres pays de l’union européenne. Ce qui marche et ce qui marche moins. La dimension européenne du Lab passe aussi par cette ouverture à ce qui se fait autour de nous en Europe. Quand une politique fonctionne dans un pays et qu’elle a pour conséquence de faire bouger les lignes de la représentation des femmes dans le cinéma, cela ne veut pas dire que cela fonctionnerait dans un autre, mais au moins, cela peut être une source d’inspiration…et de persuasion.

Ci-dessous des informations extraites de la partie qualitative de l’étude conduite par les Arcs en 2016 sur la place de la nouvelle génération de réalisatrices dans la création cinématographique européenne (lien vers l’étude).

Ces données seront actualisées à chaque fin d’année calendaire. N’hésitez toutefois pas à nous signaler les évolutions dont vous pourriez être informés dans les politiques de ces pays.

Les « bons élèves »

Les pays de cette catégorie sont ceux qui font face à la problématique de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs à travers des politiques fortes et développées, tournées vers des objectifs ambitieux ; ce sont aussi les pays dont on observe les fruits des politiques, grâce à des proportions de femmes réalisatrices relativement élevées et présentant de belles évolutions trans-générationnelles. Dans cette catégorie, nous pouvons compter 3 pays : la Norvège, la Suède et la Suisse. Ce sont tous des pays d’Europe du Nord ou d’Europe de l’Ouest.

Norvège

Pour faire face à la problématique de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs de cinéma, le Norwegian Film Institute (NFI) a établi un plan d’action, dont la dernière mise à jour date du 29 juin 2016.

L’objectif du NFI est de créer un équilibre stable et persistant entre les sexes dans le cinéma norvégien. Afin d’atteindre cet objectif, l’institut souhaite passer par une politique régulatrice de quotas, jusqu’à parvenir à 50% de représentation des femmes parmi les talents.

La lettre de nomination au NFI pour 2016 se réfère aux décisions du Parlement européen, qui stipule que: «Le Parlement demande au gouvernement de mettre en œuvre des mesures pour améliorer l’équilibre entre les sexes dans le cinéma norvégien, et de maintenir pour objectif que la proportion de femmes et d’hommes aux postes clé soit d’au moins 40%». Le ministère de la Culture a demandé au NFI de donner suite à cette directive en poursuivant la pratique actuelle de quotas, établis à 40% de femmes sur les demandes d’aide au développement et à la production de long-métrages. Le NFI note que l’un de ses plus grands défis consiste à augmenter la proportion de femmes demandant ce genre d’aides : cette proportion est faible, et il est donc difficile, malgré la politique des quotas, de parvenir à une véritable situation d’égalité. C’est pourquoi le NFI prévoit de mesurer chaque année la représentation des femmes parmi les demandeurs d’aide, afin de s’assurer que ce chiffre finisse par atteindre 50% ; les femmes seront incitées à demander ces subventions grâce à une hiérarchisation de leurs projets, étudiés en priorité.

Par ailleurs, le NFI décerne chaque année un certain nombre de « subventions talents ». Un quota de 50% de femmes a été mis en place concernant cette subvention.

Le NFI compte mettre en place des mesures de court-terme et de long-terme : les quotas sont considérés comme une mesure de court-terme, tandis que sont considérés comme mesures de long-terme le recrutement de femmes dans les institutions ainsi que l’incitation des femmes à se lancer dans une carrière de réalisatrice.

En termes de recrutement de femmes, le NFI souhaite développer un grand nombre de modèles féminins parmi ses dirigeants et conférenciers, notamment ; de plus, un programme de formation de stagiaires est prévu afin de renforcer les réseaux professionnels des jeunes femmes.

Pour atteindre de vrais résultats sur le long-terme, le NFI considère aussi que l’égalité des sexes doit être pensée dès les premières étapes de la vie d’un cinéaste : il s’agit ainsi d’assurer un recrutement précoce de filles et de garçons talentueux, dans les filières formant les futurs professionnels du cinéma (dès l’école primaire).

Enfin, le NFI souhaite transmettre ses mesures grâce à une véritable politique de communication. Ses objectifs seront clairement établis, transparents et communiqués au public. Des statistiques concernant l’équilibre entre les sexes des rôles principaux seront calculées en 2016. Un rapport annuel sur l’équilibre entre les sexes dans le cinéma norvégien est prévu à partir de 2017. Le NFI prévoit enfin d’entrer en collaboration, quant à cette problématique, avec d’autres institutions du secteur du cinéma, au niveau régional, national et international. Le NFI évaluera les résultats des mesures de sont plan d’action en 2020.

Suède

La Suède s’est beaucoup penchée sur la situation de ses professionnelles du cinéma, au travers des politiques mises en place par le Swedish Film Institute dans les dernières années.

En 2013, un « Film Agreement » vient définir et préciser des objectifs d’égalité des sexes. Il y est décrété qu’à partir de ce moment, 50% des aides à la production devront être octroyées à des femmes. En réalité, l’objectif était d’avoir dépensé 50% de la somme totale attribuée pour la période 2013-2015 à des femmes, que ce soit en tant que réalisatrices, scénaristes ou productrices.

Ces objectifs ont été quasiment atteints au cours des dernières années.

Les chiffres passent régulièrement au-dessus de 40%, mais les 50% ne sont pas encore un objectif complètement acquis.

En 2013, le Swedish Film Institute a aussi publié le plan d’action « Towards a Gender Equal Film Production », qui définissait au moins deux autres mesures importantes : « Moviement », un programme de mentoring de réalisatrices, encadrées dans le démarrage de leur carrière, et «Nordic Women in Film », un site internet paru en avril 2016 dont le but est d’accroître la visibilité des professionnelles du cinéma.

Au séminaire Almedalen Week 2016, est défini un autre plan d’action à horizon 2020 : l’objectif principal en est la complète égalité des sexes, tant face caméra que derrière l’objectif. Le plan présente quatre mesures concrètes :

  • Féminisation des rôles clé dans les grosses productions : une étude qualitative doit être menée sur le type de films sur lesquels les femmes ont la possibilité de travailler (budget, type de production etc.)
  • Accroissement de la visibilité : mise à jour constante de la banque de données mise en place sur nordicwomeninfilm.com
  • Publication d’un rapport annuel établissant des statistiques et une analyse qualitative de l’état des lieux en termes d’égalité des sexes, devant et derrière la caméra
- Accroissement des connaissances quant au genre des réalisateurs : tenue d’un séminaire de sensibilisation annuel auprès de professeurs, afin d’atteindre les plus jeunes.

Le défi sera aussi de maintenir les progrès à travers le temps. Les réalisatrices suédoises ressentent dans l’ensemble que les investisseurs privés sont moins enclins à financer des films réalisés par des femmes. Il manque des statistiques sur ce sujet, lacune que le SFI compte combler. Enfin, comme la Norvège, la Suède réalise que les étudiantes en cinéma se tournent moins vers la réalisation que leurs camarades masculins ; c’est une problématique de long-terme dont le SFI est conscient et qu’il entend adresser à terme.

Suisse

La Suisse présente une prise de conscience plus tardive quant à sa minorité de femmes réalisatrices. Une étude censée ouvrir le dialogue est lancée en 2015 par l’association ARF/FDS qui regroupe des cinéastes suisses (réalisateurs, scénaristes et producteurs) et qui a pour but de promouvoir le développement d’un authentique cinéma suisse indépendant.

Dans cette étude, il est mis en évidence que les auteures de scénarios, réalisatrices et productrices obtiennent moins d’aides financières que leurs collègues masculins, quelle que soit l’institution d’encouragement.
 De plus, la proportion de femmes dans l’encouragement du cinéma ne cesse de diminuer entre le nombre de projets déposés (31%), celui de réponses positives (28%) et le montant des aides obtenues (22%). Le pourcentage de femmes est plus élevé au stade du développement qu’à celui de la réalisation : les projets portés par des femmes obtiennent 35% de réponses positives pour l’écriture, mais seulement 24% pour la réalisation d’un film.

En 2013 et 2014, le pourcentage de femmes siégeant dans les commissions chargées d’expertiser les projets fluctue entre 32% dans la commission zurichoise et 60% dans la commission « fiction » de l’OFC. En moyenne, les femmes occupent 48% des sièges : les commissions sont donc composées de manière à peu près paritaire. La discrimination dans l’encouragement ne dépend donc pas d’une sous-représentation des femmes dans les commissions. Elle doit relever d’autres facteurs (absence de sensibilisation, stéréotype intériorisé ou rivalité) – chez les femmes comme chez les hommes.

Pour mettre en œuvre cette diversité culturelle et l’égalité des chances, la prochaine étape consiste pour la Suisse à prendre les mesures suivantes :

  • Relevé systématique, global, annuel et durable des données concernant la répartition des soutiens financiers en fonction du sexe et analyse de ces données
  • Elaboration de conseils concernant la question du genre pour les membres des commissions d’expert-e-s chargées de l’aide au cinéma
  • Conception des outils d’égalité pour la branche suisse du cinéma avec la participation de spécialistes nationaux et internationaux, outils ensuite mis en application par les institutions d’encouragement
  • Adoption de mesures spéciales pour promouvoir les lms réalisés par des femmes.

Les pays au bon impact culturel

3 pays font figure d’assez bons élèves en Europe, présentant des proportions de films réalisés par des femmes assez largement au-dessus de la moyenne européenne, avec de belles évolutions au fil des générations, sans pour autant présenter de politiques particulières au regard de la problématique : il s’agit de la France, de l’Allemagne et de la Slovaquie.

En moyenne sur la période 2012-2015, la France a sorti 24,7% de films réalisés par des femmes, l’Allemagne 26,1% et la Slovaquie 25%. Sans compter parmi les meilleurs élèves d’Europe, ces trois pays font bonne figure, se situant à plus de 5 points au-dessus de la moyenne européenne. La Slovaquie présente, en moyenne sur toute la période, une augmentation de 22% de films réalisés par des femmes entre ses plus anciennes et ses plus jeunes générations ; ce chiffre est de 74% pour l’Allemagne et de 93% pour la France.

Comment expliquer de tels résultats, et de telles progressions ? Visiblement, la raison n’est pas à chercher du côté des politiques. Nous avons contacté le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée en France, ainsi que le Slovak Film Institute en Slovaquie et le German Federal Film Board, et les trois nous ont confirmé qu’ils ne menaient aucune politique particulière de financement ou de promotion du cinéma féminin.

France

En France, le CNC essaie de s’assurer de la parité de ses comités de sélection et dans les écoles de cinéma. Cependant, les quotas sont interdits et ne sont donc pas mis en place au niveau des aides publiques. Les projets de films sont jugés sur leur seule qualité. Aujourd’hui, la commission de l’avance sur recettes est paritaire, et de nombreuses femmes travaillent à des postes clés. Aujourd’hui, sont présidées ou dirigées par des femmes: la commission de l’avance sur recettes, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, la Fémis…

Allemagne

En Allemagne, aucune politique n’existe pour l’instant, mais un plan d’action précis va être mis en place en 2017, tout d’abord grâce à la «Film Funding Law», qui sera édictée le 1er janvier, et qui devra assurer un équilibre plus juste au sein des comités du FFA. Une étude d’envergure sur la question est en cours de rédaction et sera publiée à la prochaine Berlinale. Et, en ce moment déjà, l’association allemande ProQuote e.V. exige qu’au moins 30% des cadres dans les médias (pas seulement le cinéma) soient des femmes. Toutes ces mesures n’ont pas d’influence sur les résultats obtenus au niveau de la période de notre étude, mais ils sont significatifs d’un progrès culturel qui était déjà en cours.

Slovaquie

Au Slovak Film Institute, personne n’est en charge de la question et le sexe du réalisateur n’est aucunement pris en considération au moment de soutenir un projet.

Alors, il devient possible de supposer que les bons chiffres de ces pays sont dus non pas à une politique, mais à un contexte culturel (toujours plus) favorable à l’émancipation de la femme et à sa progression professionnelle. L’Allemagne et la Slovaquie font d’ailleurs partie des rares pays d’Europe a avoir eu une cheffe de gouvernement.

Les pays en progression régulée

A l’opposé de la dernière catégorie, nous trouvons le groupe des pays qui partent de chiffres nationaux inférieurs à la moyenne européenne, mais qui, grâce à des politiques définies au cours des dernières années, entament une progression significative. Dans cette catégorie, nous trouvons la Belgique, l’Espagne et l’Irlande.

Belgique

Avec une proportion globale sur la période de l’étude de 17% de films réalisés par des femmes, la Belgique est 16ème au classement relatif aux proportions nationales de films réalisés par des femmes. Néanmoins, le pays est classé 11ème en termes de différence entre la proportion de femmes réalisatrices sur les 3èmes films et plus et la proportion de femmes réalisatrices sur les premiers films. La Belgique présente une augmentation de 54% entre la proportion de films réalisés par des femmes sur les plus anciennes et sur les plus jeunes générations.

Nous avons contacté la Fédération Wallonie Bruxelles afin de nous enquérir d’une éventuelle politique de soutien aux films réalisés par des femmes. Délibérément, aucune politique de quotas directe n’est appliquée. En revanche, une politique de « soft quotas » est mise en place au niveau de l’avance sur recettes : à qualité égale de dossier, l’institut essaye de privilégier les films réalisés par des femmes. Aucun objectif particulier de proportions de films réalisés par des femmes n’est néanmoins établi.

Par ailleurs, la Fédération Wallonie Bruxelles soutient des initiatives visant à faciliter l’accès au métier aux femmes. Par exemple, un projet Boost Camp de coaching a été instauré afin d’accélérer le développement de films réalisés par des femmes. Ce genre d’actions doit permettre, au-delà de la politique régulatrice des soft quotas, de changer les mentalités en profondeur.

Espagne

Avec une proportion globale sur la période de l’étude de 14,1% de films réalisés par des femmes, l’Espagne est 23ème au classement relatif aux proportions nationales de films réalisés par des femmes (plus de 5 points en-dessous de la moyenne).

Néanmoins, le pays est classé 15ème en termes de différence entre la proportion de femmes réalisatrices sur les 3èmes films et plus et la proportion de femmes réalisatrices sur les premiers films. L’Espagne présente une augmentation de 64% entre la proportion de films réalisés par des femmes sur les plus anciennes et sur les plus jeunes générations.

Au contact de l’ICAA (Instituto de Cinematogra a y de las Artes Audiovisuales), nous apprenons que cette progression est le fruit d’une politique déjà entamée par la « Ley del Cine » du 28 décembre 2007. L’article 18 prévoit la mise en place de mesures de renforcement de l’égalité des sexes dans le cadre de la création cinématographique et audiovisuelle. L’article 25 prévoit que les commissions pour les aides sélectives prennent en considération, au moment d’effectuer leur choix, en plus de la qualité du projet, de sa viabilité commerciale et de la stabilité financière de sa société de production, la parité de représentation des sexes du côté des réalisateurs et des scénaristes. Par ailleurs, l’article 40 prévoit la parité de représentation des sexes au sein des comités mêmes : tous les comités de financement de l’ICAA présentent 50% de femmes et 50% d’hommes. Un décret vient compléter cette loi. Il définit des barèmes de points que les comités sont obligés de prendre en considération au moment d’effectuer leurs décisions.

Un premier barème concerne les soutiens automatiques, attribués en fonction de la note sur 100 qu’obtient un film, suivant un certain nombre de critères. Parmi les critères à « Impact socioéconomique », nous pouvons trouver les critères suivants : réalisatrice femme (1 point), scénariste femme (1 point), productrice exécutive femme (1 point), autres auteures femmes (0,5 points), chefs d’équipe femmes (0,5 points), pour un total de 4 points sur 100. Ainsi, la présence de femmes aux postes clés du film a un impact de 4% sur les films financés par le soutien automatique.

Un second barème concerne les aides sélectives. Bien que la décision finale quant à l’attribution de ces aides soit l’œuvre d’un comité ayant travaillé sur la cohérence artistique et financière du projet, seuls les films ayant atteint un certain nombre de points dans ce barème passent la première étape de « sélection naturelle » et sont soumis au comité. Ce barème présente un total de 71 points et, selon les mêmes critères que dans le premier barème, la présence de femmes dans l’équipe du lm est notée sur 4 points. Ainsi, la présence de femmes aux postes clés du film a un impact de 5,6% sur le passage des films de la première étape vers l’aide sélective.

Bien que les progrès effectués au cours des années et des générations quant aux proportions de femmes réalisatrices en Espagne puissent être dus à une prise de conscience culturelle, nous pouvons aussi considérer l’impact de cette politique de points originale.

Irlande

Avec une proportion globale sur la période de l’étude de 18,9% de films réalisés par des femmes, l’Irlande est 14ème au classement relatif aux proportions nationales de films réalisés par des femmes. Le pays est classé 10ème si l’on ne considère que les premiers films, avec une moyenne de 26,5% de films réalisés par des femmes. L’Irlande présente une augmentation de 86% entre la proportion de films réalisés par des femmes sur les plus anciennes et sur les plus jeunes générations.

En décembre 2015, suite à l’adresse publique du Docteur Annie Doona sur le manque de représentation des femmes dans le cinéma irlandais, l’Irish Film Board (IFB) fait paraître un plan d’action en six points afin d’affronter la question de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs de cinéma. Les six mesures envisagées sont les suivantes :

  • Information : chaque année seront publiés des rapports statistiques faisant état de la situation des femmes réalisatrices, mettant en lumière les inégalités le cas échéant. Chaque rencontre au sein de l’IFB fera une revue des statistiques plus récentes sur la question
  • Financement : l’approche se veut holistique et intégrée. Le but est de stimuler les demandes d’aides au développement et à la production venant de femmes. L’objectif est d’atteindre, en 3 ans, 50% de projets financés dont le réalisateur serait une femme. Pour cela, l’IFB entend aussi faire émerger une prise de conscience du côté des producteurs. L’IFB s’engage aussi à travailler avec des organisations qui fourniront des formations aux dirigeants de comités afin de les sensibiliser à la problématique
  • Formation et mentoring : l’association Screen Training Ireland annoncera une série d’initiatives vouées à accompagner les femmes dans le développement d’une carrière épanouissante. Cela comprendra des programmes de promotion, de conférences et de sensibilisation sur la problématique
  • Education : l’IFB compte travailler en partenariat avec l’école nationale de cinéma (IADT), afin d’organiser des événements incitant les jeunes femmes à considérer les études de cinéma, en particulier dans les filières de scénario, de réalisation et de production
  • Enterprise: Enterprise Ireland est une agence du gouvernement irlandais chargée de soutenir les entreprises irlandaises. En partenariat avec l’agence, l’IFB souhaite développer les centres d’incubation pour les talents créatifs féminins et, de la même façon, rediriger ces talents vers les opportunités d’Enterprise Ireland
  • Partenariats : l’IFB va travailler avec d’autres organes de financement, tels que BAI Sound et Vision Fund, et les chaînes TV RTE et TG4, afin que la politique de soutien des réalisatrices se généralise au sein des preneurs de décision quant au financement du cinéma.

Ce plan ne date que de fin 2015. Il n’impacte donc pas les résultats que nous avons pu observer sur l’Irlande. Il témoigne néanmoins de la prise de conscience qui a dû le précéder et expliquer les évolutions transgénérationnelles positives des proportions de femmes réalisatrices dans le pays.

Encore une fois, il est difficile de comparer les mesures prises en Espagne et en Irlande. Les mesures espagnoles relèvent davantage de la loi, sont plus encadrées et concernent les procédures d’attribution d’aides. Les mesures irlandaises s’attaquent davantage à la formation et à la sensibilisation, faisant un travail de fond sur les perceptions culturelles. Ces politiques semblent, pour l’instant, toutes deux porter leurs fruits. Ce sont donc autant de modèles de mécanismes intéressants à étudier.

Les pays en progression culturelle

Il existe aussi une catégorie de pays dont les moyennes globales en termes de proportions de films réalisés par des femmes sont inférieures à la moyenne européenne, mais pour qui nous observons une véritable progression transgénérationnelle, sans pour autant que des politiques aient été clairement définies en faveur des réalisatrices. Ces pays sont la Roumanie, la Russie, l’Italie, la Pologne, la Turquie et le Portugal, dont les moyennes globales sont respectivement de 18,4%, 15,7%, 9,4%, 15,4%, 10,8% et 13,6% (1 à 11 points en-dessous de la moyenne européenne).

Toutefois, nous avons observé, au sein de ces 7 pays, de belles évolutions au fil des générations et, donc, des années. La Pologne connaît une augmentation de 31% (x 1,3) entre la proportion de films réalisés par des femmes sur les plus anciennes et sur les plus jeunes générations. Ce chiffre est de 86% (x1,9) pour la Roumanie, 113% (x 2,1) pour le Portugal, 160% (x 2,5) pour l’Italie et la Turquie, et 213% (x 3) pour la Russie.

Ce sont des évolutions particulièrement marquées. Bien sûr, elles le sont d’autant plus que les moyennes initiales sont basses : les générations plus anciennes ont 13% de films réalisés par des femmes pour la Pologne, 12% pour la Roumanie, 8% pour la Russie et le Portugal, et 5% pour l’Italie et la Turquie. Sur de tels taux, la moindre variation a un impact fort.

Il reste intéressant de noter qu’aucun de ces six pays n’a produit de politiques concernant l’égalité des sexes chez les réalisateurs de cinéma.

Dans les centres nationaux du cinéma polonais, portugais, turc et russe, la question ne se pose pas pour l’instant : aucun rapport n’est publié, aucun professionnel n’est sollicité, aucune mise en perspective n’est proposée en termes d’analyse du sexe des réalisateurs.
En Italie, la direction générale du cinéma au Ministère des biens et des activités culturelles et du tourisme, regrette qu’aucune politique n’ait encore vu le jour. Une prise de conscience a déjà eu lieu, et un certain nombre d’études ont été mandatées. Elles ont permis de montrer, entre autres, que si de nombreuses femmes fréquentent l’école nationale de cinéma, très peu d’entre elles osent se diriger vers la filière réalisation, faisant preuve d’une autocensure, probablement induite par des facteurs culturels. Ainsi, la seule action qui ait vu le jour pour l’instant est la commande d’études et de rapports statistiques, accompagnant l’organisation d’événements publics qui promeuvent le débat.

En Roumanie, en revanche, l’absence de politique est présentée comme une question de principe: «Leur valeur est la somme de leur talent. Et elles en ont pas mal», écrit Alina Salcudeanu, responsable des affaires étrangères au Romanian Film Center, à propos des réalisatrices de son pays. Là-bas, l’égalité des chances se veut promue justement par une absence de mesures.

Ainsi, certains des pays de cette catégorie mènent déjà une réflexion sur la problématique qui nous intéresse, sans y avoir pourtant encore répondu par des actions politiques définies, tandis que d’autres n’ont pas encore franchi l’étape de la prise de conscience. Ils ont tous en commun de partir de résultats faibles et d’avoir entamé une progression intéressante au cours des dernières générations. Dans la mesure où ces résultats ne sont pas induits par des politiques, il est légitime de penser qu’ils sont issus d’une inévitable transformation culturelle de la société, qui permet naturellement à ces pays de rattraper leur retard sur cette problématique.

Les politiques du changement lent et profond

Deux pays présentent un profil assez atypique : très bons élèves en termes de moyennes globales quant à leur proportion de films réalisés par des femmes, toutes générations confondues, ils présentent pourtant une très faible marge d’évolution (si ce n’est une évolution parfois négative), aussi bien sur la période de l’étude que sur les plages de générations. Pourtant, ces pays ont développé de vraies politiques pour faire face à la problématique de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs ; il s’agit de l’Autriche et des Pays-Bas.

Autriche

L’Autriche présente, en moyenne et toutes générations confondues, 27,3% de films réalisés par des femmes, ce qui en fait le 3ème pays au classement européen, juste derrière la Norvège et la Suède. Pourtant, on ne note quasiment aucune différence entre les proportions des différentes générations. Les 3èmes films et plus sont à 27,6% des films réalisés par des femmes, contre 27,1% pour les 1ers et 2èmes films. On remarque, en revanche, un écart significatif entre les générations les plus anciennes et les plus récentes, puisque pour les 4èmes films et plus, la proportion est de 19%, contre 29% pour les 1ers films.

Il existe donc une évolution transgénérationnelle positive en Autriche, mais elle est faible et irrégulière (il est, bien sûr, d’autant plus difficile d’obtenir des évolutions importantes lorsque le chiffre de départ est élevé). Pourtant, l’Austrian Film Institute a défini une politique pour combattre les inégalités sexuelles parmi les réalisateurs de cinéma, à laquelle elle consacre un site internet entier : http://equality.lminstitut.at/en/, dont le sous-titre est gender*in*equality. A elle seule, toute la documentation qui a été recueillie et rédigée pour ce site constitue une mesure. On y trouve : les statistiques des aides demandées et attribuées aux réalisateurs selon leur sexe, un rapport annuel sur les films réalisés par des femmes aidés, produits ou sortis en salles, un lien vers de nombreuses études nationales ou internationales publiées sur le sujet à ce jour, une pages consacrée aux films de réalisatrices émergentes… L’existence de ce site bien fourni reflète une prise de conscience appuyée et tournée vers le progrès.

En termes de mesures concrètes, l’Austrian Film Institute n’a pas défini de politique de quotas, même si elle compte systématiquement la proportion de femmes ayant obtenu des financements en commission. Le pays se reconnaît, en revanche, dans la logique du « Gender budgeting », à savoir l’intégration d’une perspective genrée au moment de prendre une décision par rapport à un processus budgétaire, au niveau de la restructuration des recettes et des dépenses, dans le but de promouvoir l’égalité des sexes. Depuis 2009, l’Autriche s’est engagée dans une politique importante de gender budgeting dans tous ses secteurs : « Dans la gestion des budgets de la Fédération, les principes fondamentaux orientés vers des objectifs d’égalité entre les sexes doivent être observés » (Article 51). Cette politique est appliquée dans le cinéma comme dans les autres secteurs, au moment de former une commission et de déployer un système d’aides à la réalisation/ production.

Enfin, l’Austrian Film Institute est à l’origine de l’iniative ProPro, « The Producers’ Programme for Women », un programme de mentoring orienté vers les productrices afin qu’elles puissent bénéficier d’un support dans le développement de leurs projets, par le biais d’une résidence atelier et d’un coaching individuel. Bien que cette mesure ne concerne pas les réalisatrices, elle alimente la sensibilisation à la position de la femme dans l’industrie cinématographique, et peut donc avoir un impact plus global.

Pays-Bas

Les Pays-Bas, avec 25,8% de films réalisés par des femmes sortis en moyenne sur la période de l’étude, toutes générations confondues, sont classés au 6e rang européen. Pourtant, encore une fois, les différences entre les générations ne sont pas conséquentes : les 3èmes films et plus sont à 25,6% des films réalisés par des femmes, contre 26,1% pour les 1ers et 2èmes films. De plus, l’évolution entre les générations les plus anciennes et les générations les plus jeunes n’excède pas 18%.

On ne peut pas parler, pour l’instant, des Pays-Bas comme d’un pays dont le cinéma féminin connaît un essor dynamique. Ses chiffres sont globalement bons par rapport à ses voisins européens, mais ses évolutions ne sont pas représentatives d’une situation en mutation.

Pourtant, le Netherlands Film Fund s’est engagé, depuis quelques années, dans une politique générale de promotion de la diversité au sein de son industrie, incluant une politique de promotion de l’égalité des sexes. De façon délibérée, l’institut a décidé de ne pas définir de quotas ou d’objectifs chiffrés en termes de proportions de réalisatrices soutenues : selon le Netherlands Film Fund, il n’est pas possible de transformer une industrie entière à partir de régulations. Il faut effectuer des changements en profondeur, en travaillant sur la prise de conscience, essentielle pour atteindre l’égalité, mais aussi pour atteindre des éventails plus divers de spectateurs.

Afin de lancer des actions de sensibilisation, le Netherlands Film Fund vient de créer une unité de monitoring spéciale pour la collecte de données et l’organisation d’événements et de partenariats avec des associations spécialisées dans les problématiques de diversité.

L’Autriche comme les Pays-Bas présentent une véritable préoccupation d’égalité des sexes parmi les professionnels de leur industrie du cinéma. Les deux pays, qui font déjà partie des très bons élèves de l’Europe, présentent une philosophie similaire dans leur envie de s’attaquer à des problèmes de fond davantage qu’à des régulations de surface. Cela ralentit sans doute le processus d’évolution, les transformations profondes de la société étant plus longues à émerger que les changements induits par un encadrement légiféré, mais les résultats pourraient être probants sur le long-terme.

Les pays en stagnation

3 pays font figure de bons élèves vivant sur leurs acquis : il s’agit du Danemark, de la Finlande et de la République Tchèque. En effet, avec des moyennes globales respectives de 22,3%, 21,5% et 22,3% de films réalisés par des femmes, ces pays se situent à environ 3 points au-dessus de la moyenne européenne.

Pourtant, leurs proportions ne présentent aucune progression au fil des années ou des générations, si ce n’est une régression. Le Danemark, probablement à cause d’une génération ancienne de réalisatrices confirmées, présente des proportions de films réalisés par des femmes plus élevées au sein des générations plus anciennes qu’au sein des plus récentes (28% pour les 6èmes films et plus, 12% pour les 3 à 5èmes films, 24% pour les 1ers et 2èmes films). La République Tchèque présente 21,3% de films réalisés par des femmes parmi les 3èmes films et plus, contre 23% parmi les 1ers et 2èmes films, ce qui constitue un écart dérisoire. La Finlande, enfin, présente un caractère d’exception européenne, avec des tendances strictement inverses à celles qui se dessinent dans les autres pays : les 3èmes films et plus sont réalisés par 25,4% de femmes, contre 17,6% pour les 1ers et 2èmes films. Lorsqu’on partage les films Finlandais par groupes de générations, on obtient 27% de films réalisés par des femmes sur les 4èmes films et plus, 19% sur les 2èmes et 3èmes films, et 18% sur les 1ers films.

Ces résultats, en réalité, ne sont pas surprenants, car les centres nationaux du cinéma de ces pays nous communiquent qu’ils n’ont pas mis en place de politique spécifique pour affronter la problématique de l’égalité des sexes.

Depuis 2013, la Finlande recueille des statistiques et rédige des rapports sur la question, mais aucune mesure n’est prise à l’issue de ces rapports pour l’instant. Le Danemark n’avait pas fait face à la problématique jusqu’en 2016, ce qui explique les résultats quantitatifs de l’étude dans le pays, mais depuis cette année, une prise de conscience a eu lieu: le Danish Film Institute (DFI) est en train de se pencher sur la question de l’égalité des sexes parmi les réalisateurs de cinéma. Pour l’instant, aucune politique directe en faveur des femmes ne va être appliquée, mais des rapports statistiques sont commandités, et surtout de très nombreux ateliers sont organisés, dans le cadre desquels les membres du DFI reçoivent des professionnels du cinéma de tous types (producteurs, réalisateurs, scénaristes, acteurs, distributeurs etc…). Pour l’instant, l’idée est d’étendre la prise de conscience à toute la profession, afin de se diriger vers une transformation culturelle profonde et de long-terme. La République Tchèque, pour l’instant, n’affronte la problématique d’aucune façon.

Ainsi, il est intéressant de prendre en considération ce groupe de pays qui, planant au-dessus de la moyenne européenne en termes de statistiques globales, n’a pas encore mis en place de politiques pour pérenniser et développer son avance.

Les pays en retard

Deux pays font figure de mauvais élèves en Europe, dans la mesure où : leur moyenne nationale de proportion de films réalisés par des femmes (toutes générations confondues) est inférieure à la moyenne européenne ; on n’observe pas de réelle évolution dans leurs chiffres, que ce soit d’année en année ou de génération en génération ; et, surtout, aucune politique n’a été mise en place a n de valoriser les films réalisés par des femmes. Il s’agit du Royaume-Uni et de la Grèce. Avec 11,2% de films réalisés par des femmes pour le Royaume-Uni et 16,9% pour la Grèce, ces deux pays sont classés respectivement 27ème et 18ème sur les 30 pays de notre étude, en termes de proportions globales de films réalisés par des femmes.

Lorsque le tableau devient dynamique, les nouvelles ne sont pas meilleures. Le Royaume-Uni, comme nous l’avons déjà vu, ne connaît aucune sorte d’évolution en termes de proportions de films réalisés par des femmes, ni sur les années de l’étude, ni sur la plage transgénérationnelle étudiée. Les chiffres sont absolument stagnants. La Grèce, de même, pour une valeur globale moyenne de 16,9% de films réalisés par des femmes, voit ce taux augmenter à 17% pour les 1ers et 2èmes films et baisser à 16,7% pour les 3èmes films et plus. Autant dire qu’il n’y a aucune évolution.

Ces pays n’ont donc visiblement pas encore entamé leur chemin vers une égalité des chances pour l’accès à la réalisation de films. Si la seule évolution des mœurs ne le permet pas, à l’inverse d’autres pays étudiés (les pays en progression culturelle), nous pourrions espérer qu’une politique vienne pallier le problème mais, sur la période de l’étude, ce n’est pas le cas ; aucune politique orientée vers l’égalité des sexes au cinéma n’avait été établie sur la période, ni en Grèce, ni au Royaume-Uni.

Notons toutefois que, pour la première fois de son histoire, une femme, Electa Venaki, vient d’être nommée directrice du Greek Film Center (GFC). Elle sera, sous peu, membre de l’European Women’s Audiovisual Network, et est pleinement consciente des disparités hommes femmes qui parcourent toute la profession du secteur cinématographique. Par ailleurs, le GFC tient à rappeler que, parmi les 20 personnes qui travaillent dans l’institution, 15 sont des femmes. Les prochaines années devraient laisser entendre la voix de nombreuses femmes.

Par ailleurs, depuis 2016, le British Film Institute (BFI) s’est lancé dans un plan d’action à horizon 2020 (n’ayant aucune influence, donc, sur nos résultats). L’objectif est net : parvenir à 50% de soutiens publics aux films réalisés par des femmes d’ici 2020. Il ne s’agit pas d’un quota, mais d’un objectif à atteindre. Néanmoins, le BFI ne souhaite pas se contenter de traiter la question de l’égalité des sexes, dans la mesure où le cinéma britannique présente un défaut général de diversité (sociale, ethnique, culturelle, d’orientation sexuelle…). C’est pourquoi le plan d’action concerne la diversité en général : c’est le BFI Diversity Standards. Il concerne uniquement, pour l’instant, le soutien à la production décerné en partenariat avec la loterie nationale britannique.

Celui-ci sera à présent voué à financer des films de la diversité, répondant à au moins 2 des 4 critères suivants :

  • Le film met en avant des personnages faisant partie d’un groupe sous-représenté
  • Le film est créé par des personnes appartenant à l’un des groupes sous-représentés aux postes clés
  • Le film offre à divers individus des possibilités d’insertion professionnelle
  • Le film est tourné vers de nouveaux groupes d’audiences

Lorsqu’il s’agit de groupes sous-représentés, le BFI fait référence à des minorités de : sexe, âge, capacités physiques, orientation sexuelle et ethnie. Ainsi, nous pouvons penser que les proportions de films réalisés par des femmes vont aller en s’améliorant dans les prochaines années grâce à cette politique de la diversité, mais le genre du réalisateur reste un petit point parmi les nombreux autres de cette politique, et il n’est pas dit que les résultats soient visibles rapidement. Cela reste un bon pas vers la prise de conscience.